MESSAGE DU MINISTRE DE LA JUSTICE, DES DROITS HUMAINS ET DE LA PROMOTION CIVIQUE, GARDE DES SCEAUX A L’OCCASION DU SOIXANTE-DIXIÈME ANNIVERSAIRE DE LA DÉCLARATION UNIVERSELLE DES DROITS DE L’HOMME

Les horreurs de la seconde guerre mondiale ont convaincu les Etats membres de l’ONU à reconnaître de manière unanime que c’est « […] la méconnaissance et le mépris des droits de l’homme [qui] ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l’humanité […] ». Ce triste constat les a déterminés à proclamer leur foi en « un idéal commun à atteindre par tous les peuples et toutes les nations » à travers l’adoption d’un texte consensuel appelé Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH).

Adoptée le 10 décembre 1948 par l’Assemblée générale des Nations Unies au Palais de Chaillot à Paris, cette Déclaration est le premier instrument international qui définit les valeurs et les prérogatives universelles inhérentes à chaque être humain. En trente (30) articles, cette importante Déclaration énonce un large éventail de libertés et de droits fondamentaux auxquels toutes les femmes et tous les hommes, partout dans le monde, ont droit sans aucune distinction. Elle a été par la suite déclinée en plusieurs conventions et a inspiré le cadre juridique national de plusieurs pays. Au Burkina Faso, la DUDH a, du reste, été constitutionnalisée. Cette Déclaration qui, initialement était sans valeur juridique probante, a, progressivement, revêtu les caractéristiques d’une norme impérative de droit international public au regard d’une part, de son internalisation dans bon nombre de lois fondamentales de plusieurs Etats et, d’autre part, en raison du fait qu’elle constitue la source génératrice des conventions internationales en matière de droits humains.
Depuis l’adoption de la DUDH, les Nations Unies ont institué le 10 décembre de chaque année « journée internationale des droits de l’homme » afin de marquer une halte pour faire le bilan de la réalisation des droits fondamentaux. Cette année, le Burkina Faso à l’instar des autres pays du monde commémore le 70ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme. A l’occasion de cet événement important, je voudrais lancer un appel à la responsabilité des acteurs étatiques et non étatiques, y compris les populations, à mettre tout en œuvre pour faciliter la jouissance de tous les droits contenus dans la DUDH.

Pour sa part, le Gouvernement n’a de cesse œuvré pour traduire en réalité les principes énoncés par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Ainsi, l’année 1998 va marquer un tournant décisif dans l’engagement notre pays à, résolument, faire de l’effectivité des droits humains une réalité. En effet, à partir de cette année, l’Etat a jeté les bases de l’édification d’un Etat de droit soucieux de la promotion et de la protection des droits humains. C’est dans ce sens que sur le plan institutionnel le Gouvernement va, dès 1999, spécifiquement prendre en compte la question des droits humains à travers la création du Ministère de la justice et de la promotion des droits de l’homme. Depuis lors, la question des droits humains a toujours été prise en compte dans le paysage institutionnel ministériel des gouvernements successifs. Il convient en outre, de relever la création en 2001 de la Commission nationale des droits humains, normalisée en 2016 et opérationnalisée en 2018, dont la mission est de renforcer la promotion et la protection des droits humains au Burkina Faso.

Aussi, dans l’optique de s’acquitter de ses obligations en matière de droits humains, notre pays a adopté et mis en œuvre successivement trois (03) politiques relatives à la promotion et la protection des droits humains dont une est en cours. Celle actuellement en vigueur est la politique sectorielle « justice et droits humains » dont la vision est qu’à l’horizon 2027 « le Burkina Faso, dispose d’une justice crédible, accessible à tous et respectueuse des règles d’un Etat de droit qui garantit aux femmes et aux hommes l’effectivité de leurs droits, pour une Nation pacifique et solidaire». Par ailleurs, il a fait adopté la loi n°039-2017/AN du 27 juin 2017 portant protection des défenseurs des droits humains au Burkina Faso afin d’offrir un cadre légal serein aux acteurs de la promotion et de la défense des droits humains. Au regard de l’état de réalisation des droits humains, les efforts du Burkina ont été salués par le Conseil des droits de l’homme lors de son passage au 3ème cycle de l’Examen périodique universel. Le Burkina Faso a, du reste, été élu le 12 octobre 2018 par l’Assemblée générale des Nations-unies comme membre dudit Conseil pour un mandant de trois ans.
Cette appréciation positive du Conseil des droits de l’homme sonne comme une reconnaissance mais également une interpellation à tous sur la nécessité de persévérer dans les efforts de réalisation des droits humains. Cependant, force est de reconnaître que le Burkina Faso, comme plusieurs Etats dans le monde, fait face à des défis en matière d’effectivité des droits humains. Parmi eux, figurent en bonne place les questions sécuritaires et les besoins de mieux-être exprimés par les populations. En ces moments déterminants de la vie de notre nation, nous devons tous redoubler d’efforts pour que ces différentes situations n’entravent pas notre marche pour l’effectivité des droits humains conformément aux trente (30) prescriptions de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

J’invite donc tous les acteurs de la vie politique et sociale à avoir la Déclaration universelle des droits de l’homme comme une boussole dans la conduite de leurs activités en toute circonstance. En effet il convient de rappeler la maxime de Kofi Annan selon laquelle « il ne peut y avoir de paix sans développement, ni de développement sans paix, et il ne peut y avoir ni paix ni développement sans le respect des droits humains ». En effet, lorsqu’il y a des violations graves des droits de l’homme, les résultats sont dévastateurs non seulement pour les individus, mais aussi pour le développement économique et social de l’ensemble de la communauté.
A l’occasion de la 70ème journée internationale des droits de l’homme, la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, dans son message mentionne que « Nous avons besoin de plus de respect. Plus de justice. Nous devons défendre l’égalité et la dignité humaine ». Je voudrais donc à sa suite, inviter toute la population burkinabè à prendre chacun au moins un engagement à l’occasion cette journée en vue de favoriser l’avènement d’un monde où « [tous] les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère ».

Ensemble, œuvrons pour l’égalité, la justice et la dignité humaine au Burkina Faso et partout dans le monde.

Bessolé René BAGORO
Officier de l’ordre national